Friday, July 07, 2017

The Edge Of Seventeen

Rares sont les amoureux du cinéma qui ne connaissent pas d'égarement. Peu nombreux sont ceux qui, d' Ordet à Still Life n'ont jamais dévié d'une stricte orthodoxie cinéphilique. Les déviances ont même parfois fini par accéder à une certaine respectabilité. Slasher, Giallo, nudies scandinaves disposent d'officines, de webzines et d'un appareillage critique souvent stimulant.
Mais il y a des déviances moins glorieuses où l'indulgence se fait plus parcimonieuse. Le teen movie fait partie de ces déviances-là.
Moins avare en chefs d'oeuvre (Ferris Buller's Day Off, Ghost World) qu'en impossibles naufrages (The Girl Next Door parmi cent autres), le genre fourmille cependant de réussites mineures dont les plus flagrantes semble avoir été signées John Hughes (en tant que producteur, scénariste ou réalisateur). Le canon semble avoir été forgé au mitan des années 80 entre Sixteen Candles (1984) et Ferris Bueller (1986). Un genre y trouvait son apogée commerciale et créative et des figures se voyaient étalonnées pour ne jamais vraiment disparaître du cinéma américain, mainstream ou moins (le bully, la girl next door, les adultes dépassés, le locker room et le climax lors de la prom night).
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Et c'est justement cet âge d'or que convoque sans complexe Kelly Fremon Craig dans son premier film, The Edge Of Seventeen -2016). L'héroine, Nadine, jouée par Hailee Steinfeld, aurait l'âge d'être la fille de Molly Ringwald mais elle porte un blouson comme aurait pu en porter Anthony Michael Hall dans Weird Science. Lorsqu'elle tente une approche maladroite auprès de Nick dans Petland, la sono diffuse True de Spandau Ballet. L'amoureux transi de Nadine, Erwin, est coréen (comme pour expier les blagues asiatophobes de Sixteen Candles). Le film joue de ce côté démodé (ne serait-ce que par le prénom de l'héroïne, Nadine, prénom qui n'a pas été donné depuis 1961) mais sans en faire une posture. Si elle n'arrête pas de se plaindre de ses condisciples rivés à leurs écrans de portable, elle peut en user (même au cinéma) et traque Nick sur Facebook. Nadine est un personnage réussi car Kelly Fremon Craig a la sagesse de ne pas la transformer en caricature de weirdo convulsive. Ado mal dans sa peau, vilain petit canard persuadé que le monde entier s'est ligué pour son malheur, Nadine peut malgré tout compter sur deux soutiens de poids (Erwin, déjà cité et son prof principal, un pince sans rire laconique qui diffuse Young Mister Lincoln à ses élèves (irrésistible Woody Harrelson)) qui lui permettent, lentement, de s'extraire de son égocentrisme forcené. Le portrait sonne  juste et on se souvient alors que le film a été produit par le grand James L. Brooks, un des scrutateurs les plus avisés de la complexité de l'être humain (que l'on se souvienne de la volte-face inaugurale de Lisa dans How Do You Know  de la scène de la dent de lait dans Riding In Car With Boys).  Même si le conflit initial semble quand même bien léger (Nadine ne supporte pas que sa meilleure amie "sorte" avec son frère), Il y a beaucoup de moments réussis dans ce film (avec une petite préférence pour la séquence dans la piscine d'Erwin où Nadine se montre d'une "adorable cruauté") qui refuse le montage épileptique et se ménage (chose rare) de longs plans sans musique . Mais, comme pour Juno (qui avait pour lui, une sensibilité plus "indé"), le modèle John Hughes n'est pas dépassé. The Edge of Seventeen joue la carte du teen movie mais en voulant aussi s'en moquer (la prom night est escamotée, les bully sont de toutes petites filles). La mise à distance post-moderne permet certes de récupérer un public plus exigeant (attention quand même, on est pas chez Larry Clark) mais empêche d'adhérer totalement au projet du film. En l'état et sans y chercher un New Breakfast Club, The Edge of Seventeen mérite le visionnement même si seule la VOD est possible en France.

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