Friday, February 22, 2019

Crushing

On n'a pas envie d'engloutir Julia Jacklin sous les références les plus écrasantes , on n'as pas envie non plus de l'affilier à un mouvement, une sororité. Cela serait nier la singularité de cette jeune artiste dont le titre proposé ci-dessous dit toute la force émotionnelle. Et le reste du disque (Crushing) n'est pas avare d'autres moments sensationnels tout en proposant une grande variété de climats. Grand, grand disque.

Sunday, January 27, 2019

Weirdo

Sur la foi d'un seul titre, j'avais excepté Juliana Hatfield de l'indifférence que je vouais à la bande de Seattle en particulier et au grunge en général. Trop de bruit, trop de cheveux, trop d'indifférence mélodique. Le contraste entre sa voix de petite fille anxieuse et le mur de guitares qui l'accompagnait détonnait au milieu d'un mouvement où les garçons se taillaient la part du lion. Le titre s'appelait Here Comes The Pain et le disque This Is Fort Apache, une compilation de label comme il y en eut tant dans les années 90 (mais pourquoi diable avais-je acheté ce disque ?).
Je n'avais pas suivi sa carrière plus que ça par la suite mais ce titre était resté qui m'avait permis de ne jamais oublier Juliana Hatfield. Et puis l'an dernier elle réapparut dans ma vie avec un disque totalement inattendu, un hommage de fan à son idole de préadolescence, Olivia Newton-John. Hommage à la fois totalement sincère (elle évita l'écueil mortel de l'ironie) et totalement personnel , infusant une fièvre  adolescente à des chansons plutôt portées à célébrer l'amour sur un mode majeur. On ne le cachera pas, ce fut ici un des disques les plus écoutés et les plus chéris de 2018. Et puis, alors que Juliana Hatfield sings Olivia Newton-John était à peine digéré survient Weird, son déjà dix-septième disque. A presque 52 ans, Juliana s'est à peine assagi et elle a conservé intacte ses frustrations adolescentes. Ni Barbie, ni Kardashian, elle évoque son inéluctable vieillissement avec une honnêteté que beaucoup pourraient lui envier (comme ce sang qu'elle avoue cracher dans son lavabo à chaque fois qu'elle se brosse les dents (Broken Doll)). Dans ce disque plein de cicatrices et de balafres, elle revient sur son inaptitude à trouver sa place dans ce monde (Lost Ship) et ce désir de solitude indispensable à la création. Mais ces écorchures n'ont étrangement pas altéré sa voix, aussi fraîche et girly qu'à l'époque d' Only Everything (sa marque de fabrique). Les arrangements semblent eux aussi préservés des outrages du temps et on se dit parfois que le disque aurait pu aussi bien sortir en 1995. Mais sans les lourdeurs du passé. En vieillissant, Juliana n'a rien perdu de ses frustrations mais elle s'est allégé musicalement en revenant à une immédiateté pop qui fait mouche à plusieurs reprises (Sugar, délicieux; Paid To lie, qui retient beaucoup des leçons d'Olivia). Et, puis, comme pour effacer beaucoup des nuages qui obscurcissent sa vie, Juliana revient à la grande consolatrice, celle qui aura raison de tout, la Musique (Do It To Music), achevant sur une note enthousiaste, un disque qui, par sa diversité et son inspiration, risque bien de nous faire beaucoup d'usage.
Photo : Stacee Sledge


Thursday, January 03, 2019

141-150

141. Stardust (Nat King Cole) - 1957 (Face B : When I Fall In Love)
Nat émerge d'une forêt de violons (Thanks Gordon Jenkins) pour apposer son sceau sur ce standard immarcescible.

142. Stay On These Roads (A-ha) - 1988 (Face B : Soft Rains Of April)
Peut-être le single le plus éhontément lyrique de toute la saga norvégienne (et quelle face B!)

143. Steal Away Tonight (Barbara McNair) - 1967 (Face B: For Once In My Life)
Pas d'illustration car se single n'a jamais hélas dépassé le stade de projet. Dommage car tout laisse à penser que ce titre racé aurait pu constituer le bon de sortie idéal pour Barbara.

144. Strangers In The Night (Frank Sinatra) - 1966 (Face B : Oh You Crazy Moon)
 Ce fut mon entrée dans le temple Sinatra et, à la différence du Chairman, je ne l'ai jamais reniée.

145. Superstar (Jamelia) - 2003
La preuve qu'en matière de R'n'B, les Anglaises pouvaient égaler les Américaines.

146. Surf's Up (The Beach Boys) - 1971 (Face B : Don't Go Near The Water)

Titre miraculeux rescapé de Smile, sorti en pleine panade pour Brian, la tête dans le frigo et le cerveau au congélo.

147. Sweet Talking Guy (The Chiffons) - 1966 (Face B : Did You Ever Go Steady)
Merveille injustement négligée aux harmonies vocales incroyablement baroques (les leçons de Spector ont porté).

148. Sylvie (Saint-Etienne) - 1998
L'alliance paradoxale entre une thématique puissamment nostalgique et une électronique ludique? Chef d'oeuvre absolu.

149. Tainted Love (Gloria Jones) - 1979 (Face B : A Touch Of venus (Sandy Wynns)

Face B de 1965 ressortie en face A en 1979 sur un obscur label et parfait floor-filler avant que de trouver son alchimiste surdoué.

150. Take On Me (A-ha) - 1985 (Face B : Love Is Reason)

La combinaison troublante et inédite d'une voix opératique et d'une imagerie techno-pop pour un hold-up planétaire.






Friday, December 14, 2018

Playlist 2018

Grande et riche année, rendue plus riche encore par le groupe Facebook de Stéphane Lemarchand, J'écoute une K7 de la vedette, prescripteur numéro 1 en matière de nouveautés cette année (ce fut sans doute la raison qui m'a fait retarder mon départ de Facebook aussi longtemps).
L'éventail est large, des arabesques juvéniles de Chloe X Halle aux chevauchées loneristes d'Israel Nash en passant par la soul retrofuturiste de Shannon Shaw ou le happening New Age de Diplo. La profusion mélodique et la voix de Juanita Stein taillée idéalement pour mes goûts demeure un absolu sujet d'émerveillement même en cette fin d'année et, même s'il est loin d'être parfait, j'ai une énorme tendresse pour le tribute-album improbable de Juliana Hatfield consacré à Olivia Newton-John. Quoi de commun en effet entre l'ex égérie grunge et la diva easy-listening ? Pas grand -chose mais ce disque finalement très respectueux (en gros du bubblegum avec un peu d'acide à l'intérieur) fut l'un de ceux que j'ai le plus écouté cette année. Terriblement addictif. Il faudrait dire aussi un mot de l'Indigo de Kandace Springs à la sophistication rare qui restera comme une des plus belles choses qui soit arrivée à 2018. Et demain ? Selena Gomez bien sûr dont l'album est autant attendu ici que la pluie sur le Nord-Mali. Pour le reste, croisons les doigts pour que 2019 soit aussi enthousiasmante que 2018.

Tuesday, December 04, 2018

131-140

Je reprends le fil d'une liste que j'avais entamée il y a 5 ans et qui devait initialement s'achever en 2015. Mes goûts se sont légèrement modifié depuis mais je reste fidèle à la liste établie en 2013 (à quelques modifications près). Donc,

131. Sex Beat (Gun Club) - 1981 (Face B : Preachin' The Blues)
Un coyote hurle à la mort, plein d'un désir  inassouvi. Jeffrey Lee Pierce retrouve l'esprit du blues originel en le mâtinant d'une urgence furieusement punk.

132. She Will (Savages) - 2013

Avec City's Full et Waiting For A Sign, une trilogie incantatoire qui fit des Savages un des groupes les plus attendus des années 2010

133. Slow (Kylie Minogue) - 2003 (Face B: Soul On Fire)

Le single électro-chic qui ramena Kylie "back on the right track".

134. Slow Down Baby (Cristina Aguilera) - 2007
En 2007, Cristina était l'une des rares à pouvoir jouer dans la cour de Britney alors au sommet de ses moyens et ce single en est la preuve insolente.

135. Slow Train (Bob Dylan) -1980 (Face B : Do Right To Me Baby (Do Unto Others))
Zimmy vire imprécateur mais la voix est à son meilleur et l'enrobage gospel fait mouche.

136. Smalltown Boy (Bronski Beat) - 1984 (Face B : Memories)
Jamais un single hi-energy n'aura sonné aussi désespéré, l'acmé des Bronski Beat.

137. So You want To Be A Rock'N'Roll  Star (The Byrds) - 1966 (Face B : Everybody's Been Burned)

Single désenchanté qui vaut peut-être encore plus pour sa fabuleuse face B, requiem d'une génération.

138. Solitaire (The Carpenters) - 1975 (Face B : Love me For What I Am)
Version définitive du standard de Neil Sedaka comme un écho à la solitude abyssale de la petite fiancée de l'Amérique.

139. Something Else (Eddie Cochran) - 1959 (Face B : Boll Weevil Song)
Il est terrible ce morceau-là, tellement punk avant la lettre qu'il fut repris par les Sex Pistols.

140. Standing In The Shadows Of Love - 1966 (Face B : Since You've Been Gone)
Le trio Holland/Dozier/Holland à leur sommet, le quatuor Four Tops à leur meilleur.







Wednesday, November 28, 2018

Amerie à tout prix

On ne pensait pas l'écrire un jour mais le cd va finir par nous manquer. La disparition de tout support physique pour la musique semble programmée et les fétichistes en seront pour leurs frais (au prix du vinyle, on doute hélas que sa récente résurgence dure bien longtemps). Le R'n'B contemporain est sans doute à l'avant-garde de ce mouvement puisque ni Nightride (Tinashe), ni le très surprenant The Kids Are Alright (Chloe x Halle) n'ont bénéficié de sorties physiques. Le même sort attend aussi malheureusement les deux ep's d' Amerie, 4am Mulholland  et After 4am qu'on se réjouissait à l'avance de posséder (le visuel est superbe).
La diminution drastique des ventes de cds avait fait perdre à cette artiste chérie son contrat avec Columbia et après In Love & War (2009), on la croyait perdue pour la musique. Bien à tort puisque elle signe son grand retour avec 12 nouveaux morceaux, séparés en deux parties, épousant presque les contours d 'une séparation entre face A et face B, séparation étrange puisqu'il n'y aura pas de support vinyle non plus.
Constatons tristement que la lèpre de l'auto-tune a frappé ici comme ailleurs et c'est le disque qui en est le moins entaché qui séduit le plus (After 4 Am). C'est d'autant plus dommage que  la qualité des compositions égale presque celles qui nous avaient tant plu sur Because I Love It (2005). Et quand elle se met à nu comme sur la pochette, on tient quelques uns des plus beaux morceaux de l'année comme ce superbe Give It All Up.

Saturday, November 24, 2018

Riding With The King

Mon disque préféré de 2018 n'a pas été enregistré cette année mais entre 1965 et 1968. Il est signé d'un guitariste et d'un chanteur dont bien peu en France ne soupçonnent l'importance: Glen Campbell. Avec The Wrecking Crew, il a participé à des dizaines et des dizaines de disques dont la simple énumération suffirait  à encombrer les couloirs du Rock'n'Roll Hall Of Fame pour des décennies. Beach Boys (il remplaça en coup de vent Brian Wilson en pleine dépression nerveuse et joua sur Pet Sounds), Sinatra, Monkees, Sagittarius, Byrds, Monkees, pour ne citer que la série A, portent sa marque. Un tel pedigree lui ouvrira la porte d'une carrière dont le zénith commercial se trouve à la fin des années 60 et au début des années 70, Glen cartonnant dans le style countrypolitan cher à Charlie Rich (Universal Soldier, By The Time I Get To Phoenix, Gentle On my Mind lui permirent de voir venir l'avenir sans trop de souci pécunier). Mais les enregistrements dont il est question  sur Glen Campbell Sings For The King sont antérieurs aux années dorées du "Rhinestone Cowboy" et datent d'une période où Glen Campbell était encore largement inconnu du grand public américain. Enregistrements qui d'ailleurs n'avaient jamais été envisagé pour fournir matière à un disque mais plutôt  à servir de demo pour Ben Weisman, fournisseur numéro 1 de matériel pour le King (57 titres davantage encore que Pomus/Schumann ou Leiber/Stoller.) Ce qui étonne d'abord, c'est la qualité du son. Rien de minimaliste dans ces démos (qui portent si mal leur nom) mais un vrai groupe au son riche avec une voix idéalement mixée. Ce qui frappe ensuite, c'est la variété et la qualité des compositions alors qu'elles sont loin de faire l'unanimité parmi les fans du kid de Tupelo. C'est en effet un cliché martelé pendant des années qu'entre Elvis Is Back (pour le coup, vrai chef d'oeuvre) et From Elvis In Memphis (1969), Elvis a "laissé tomber l'affaire". Il n'y a évidemment rien de moins juste (ne serait-ce que Something For Everybody ou How Great Thou Art) mais il faut, c'est vrai, souvent faire un tri sévère sur des bandes originales où l'insignifiant côtoie le fulgurant et où les arrangements ne font guère dans la sobriété. Nettoyé des outrances orchestrales (les cordes sont absentes de ce disque à de rares exception), les compositions de Weisman retrouvent une seconde jeunesse rappelant (et ce n'est pas un mince compliment) la qualité du matériel sur lequel travaillait un Charlie Rich au même moment (on pense souvent au merveilleux The Many New Sides Of Charlie Rich). Quant à la comparaison avec Elvis, elle est faussée par l'aspect souvent daté des enregistrements du King du milieu des années 60. Mais si, on laisse de côté l'affect (mission impossible ici), on constate que la voix superbe et naturelle de Glen Campbell fait mieux que rivaliser avec le vibrato quasi "opératique"de l'hôte de Graceland. Sur le duo virtuel qui ouvre le disque, We Call On Him (opération purement mercantile qui obère quelque peu l'intégrité de l'ensemble), la confrontation tourne malgré tout légèrement à l'avantage d'Elvis (car lorsqu'on s'éloigne du profane, le timbre d'une richesse inouïe du King est intouchable). Mais, sur le reste du disque, Campbell qui a juste 30 ans, chante avec une aisance, une souplesse, une compréhension tellement intime de ce qu'on lui donne à jouer qui fait qu'on a vraiment l'impression que ces titres ont été écrits avec lui en tête. Fantômes réminiscents du Rick Nelson de For You (I Got Love) ou annonciateurs du Merle Haggard de Mama Tried (I'll Be Back), on est au coeur de cette Amérique que j'idolâtre, de cette pop qui se cherche, qui hésite entre rock'n'roll, country, gospel et soul, aux antipodes de toute sclérose.
Voilà un disque inespéré, à la fois juvénile et intemporel, dont on est déjà certain qu'il nous fera de l'usage.