Saturday, November 07, 2009


Il aimait Cioran et les fraises Tagada, préférait Dionne Warwick à Johnny Rotten même s'il était au Chalet du Lac en 1976. Il fut le premier français à faire la couverture du Melody Maker et accessoirement l'un des très rares dans mon panthéon personnel. Il avait repris Le Sud mais ne risquait pas de faire partie de la tournée des Enfoirés. L'un de ses meilleurs titres s'appelait : Je ne suis pas toujours de mon avis.
Il est mort hier matin.
Désamour (en duo avec Héléna)

Friday, October 30, 2009

Margot à la plage

Décidément sous le charme d'Amanda Langlet, j'ai voulu visionner Conte d'été (1996) à la manière d'une suite de Pauline à la Plage sauf que dans Conte d'été, le personnage joué par Amanda s'appelle Margot. Douze ans après, le visage de l'actrice conserve des traces de l'adolescence (les joues pleines, le front légèrement bombé) et cette voix si prenante, à la fois douce et assurée (la comparaison est cruelle pour Lena, censée être la véritable amoureuse de Gaspard et dont les interventions tombent systématiquement à plat). La collégienne est devenue une étudiante en ethnologie qui travaille l'été pour sa tante dans une crêperie de Dinard (on a au passage quitté le Cotentin pour l'Île et Vilaine). Margot a conservé de Pauline la faculté de voir vrai dans le jeu que jouent ses amis même si elle a parfois du mal à conserver la distance que nécessiterait son rôle de confidente. Elle veut faire de Gaspard (Melvil Poupaud) son ami et peut-être un peu plus...
Aussi impatiemment qu'avec Pauline, on guette les moments où Margot entre dans le cadre (heureusement, ces moments sont nombreux notamment lors de longs dialogues avec Gaspard sur la plage). Son personnage, délicieusement ambigu , domine et de loin les autres protagonistes.
Subtilité des échanges amoureux, finesse des dialogues (comment ne pas penser à Marivaux lorsqu'on sait que Margot est serveuse mais qu'elle parle à la façon d' Euphrosine dans L'île des esclaves ?), importance de la lumière naturelle (cela fait un bien fou de voir la Bretagne sans filtre), pas de doute, on est bien chez Rohmer. On est tellement bien que lorsque Gaspard quitte Margot pour le bac qui mène à Saint-Malo, on est subitement tout triste. On a beau dire qu'on se reverra à Rennes, personne n'est dupe!

Wednesday, October 28, 2009

L'abbé ne fait pas le moine


Ah, comme j'envie l'abbé Mugnier, pas pour la chasteté, non, mais pour les rencontres qu'il fit toute sa vie durant. En délicatesse avec sa hiérarchie, cet ecclésiastique qui n'aimait ni les dévots ni les génuflexions, occupe une place à part dans le monde littéraire français de l'entre trois-guerre (il est ordonné prêtre peu après 1871 et meurt en mars 1944). Privé d'émulation intellectuelle au sein d'un clergé sclérosé par le pontificat de Pie X, le vicaire de la paroisse Saint Thomas d'Aquin délaissa le mieux qu'il put la sacristie pour la fréquentation de tout ce qui a compté (ou presque) dans le Paris de la Belle époque. Affamé de discussions littéraires, de mondanités et de boiseries dorées, l'Abbé Mugnier goûte autant la compagnie de la Princesse Bibesco que le brio du jeune Cocteau. Profitant d'un état qui inspire confiance, le prélat enregistre jour après jour les confidences de l'inénarrable Anna de Noailles (dont les caprices, la drôlerie et la sensibilité le ravissent) que les délires d'un Huysmans (dont la conversion au catholicisme lui doit beaucoup). Son Journal qui va des derniers feux du Faubourg Saint-Germain (celui qui fut si dur pour Lucien de Rubempré) au Paris de l'occupation, oscillant entre style télégraphique et formules épatantes est un régal car si l'abbé a un carnet d'adresses impressionnant, il a aussi un talent énorme pour la dissection acérée. Il a beau se régaler des blinis au caviar, il voit bien tout le pathétique de ce beau monde qui crie au socialisme lorsque les domestiques demandent le sucre que le rationnement leur consent et qui fuient la capitale au premier coup de la grosse Bertha. Ce qui me réjouit et qui répugnait à Léon Bloy, c'est aussi cette empathie que l'abbé éprouve pour tous ces habitués des grands salons parisiens. Libre-penseurs, déistes, antidreyfusards, monarchistes, le prêtre les écoute tous, jugeant rarement et tâchant dans son Journal de leur redonner vie le plus fidèlement possible. Celui dont il semble le plus proche par le tempérament et qu'il croisa souvent entre 1917 et sa mort, c'est bien sûr le plus grand d'entre tous, Marcel Proust. Tous les deux à leur façon furent les entomologistes d'un Monde qui ne se remit jamais vraiment de la grande hécatombe*. L'abbé Mugnier appellait Proust "l'abeille des fleurs héraldiques" et celui-ci aimait lui parler des aubépines d'Illiers . J'aime à penser qu'il ne lui aurait pas déplu d'être aujourd'hui édité dans l'une des plus belles collections qui soit : "Le Temps retrouvé".
* : Ils étaient peu nombreux en 1919, ceux qui tel le doux vicaire, osèrent envisager les suites désastreuses d'un traité également désastreux :"Sonate de Bach, de Beethoven. en songeant à ces grands Allemands je souffrais de certaines mufleries dont un peuple qui se dit chevaleresque doit s'abstenir. Il y a eu, en effet, dans notre attitude envers l'ennemi à la veille de signer ou signant, des détails qui m'ont choqué. On ne refuse pas le verre d'eau froide. Comme elle doit s'abîmer encore dans les rêveries tristes la Melancholia d'Albrecht Dûrer! Si jamais dans l'avenir, nous tombions dans les griffes d'outre-Rhin, comment serions-nous traités?"

Wednesday, October 21, 2009

A house is not a home


Il y a des choses qui ne trompent pas dans une maison, il y a des signes qui montrent immédiatement qu'on est dans la demeure d'un honnête homme.
J'avoue avoir ce penchant pénible de reluquer la discothèque de mon hôte en plus de la tenue de son épouse. Dans la plupart des intérieurs amis, peu de chance de rester longtemps agenouillé devant des vinyls fabuleux (hormis les rares qui se reconnaitront). Un best of Police, 2 vilains Goldman , un Renan Luce pour paraître dans le coup et un verre de punch pour oublier toute cette misère.
Mais si au détour d'une étagère surgit Le coffret Back To Mono ou le beau Look of Love consacré à Burt Bacharach (chez Rhino records), on abandonne illico le punch pour une coupe de champagne. Les coffrets, on les chérit, on les place en évidence dans la discothèque mais à vrai dire, on les écoute rarement dans leur intégralité . The Look of love fait vraiment exception. Hormis trois titres du dernier cd aisément oubliables (on imagine bien Burt composant Best that you can do pour se payer un nouveau smoking) , c'est une bénédiction, une épiphanie comme disent les anglo saxons. Chaque titre du duo majeur trouve ici son interprète d'élection. Il existe 50 versions d'Any day now mais qui peut raisonablement rivaliser avec Chuck Jackson ? La même chose vaut pour 24 hours from Tulsa par Gene Pitney ou bien sûr Make it easy on yourself par Jerry Butler. Peut-être pas A house is not a home. Là, on peut préférer la version de Miss Warwick à celle de Brook Benton mais la patricienne Dionne est déjà particulièrement bien servie par le coffret Rhino. Cette chanson, c'est un de mes titres préférés du maître. Le texte d'Hal David a cette délicatesse de sentiment et cette poésie faite de mots tout simples qui ne sont qu'à lui (et puis moi, je fonds pour les morceaux qui font rimer room avec gloom). Quant à la partition de Burt, elle est à l'unisson du texte, d'une sublime pudeur. Dans les versions récentes de ce standard inoxydable, j'aimerai faire une place pour celle de Ronald Isley (le ténor des Isley Brothers, oui, ceux du magnifique Got to have you back). Ron' à 62 ans passés s'attaque à ce monument sous le regard complice de Bacharach qui arrange et produit cet album tribute. Le résultat vole haut (le contrôle du souffle est hallucinant) et même si les cordes sont un peu envahissantes, il faut écouter jusqu'au bout ce disque rare.
Ronald Isley, A house is not a home

Thursday, October 08, 2009

Once bitten, twice shy

Toujours un cadeau en jeu pour cette deuxième salve après le pétard mouillé qui a précédé
Indice photo :
Morceau mystère : http://dl.free.fr/qi5YyreB6

A vous de trouver le titre et l'interprète mystère.

One game, one gift

Alors que le Civil Servant nous fait suer milles morts avec ses invraisemblables photos d'actrice suivies d' énigmes sacrément corsées, je ne résiste pas au plaisir de vous proposer une petite chanson mystère accompagnée d'un indice visuel. A la clé un cadeau mystère. Pour l'emporter, il suffit de retrouver le nom du groupe et le titre mystère.
Indice visuel :
Chanson mystère : ? (les Mynah Birds avec It's my time trouvés par J.P)
Attention, comme la solution était visible sur Winamp, nouveau jeu à 20h00

Saturday, October 03, 2009

Pauline à la plage


C'est peut-être en refusant d'être de son temps qu'on devient intemporel et c'est peut-être aussi en s'adonnant à l'artifice qu'on s'approche le plus de la vérité des sentiments. Ces idées me trottaient dans la tête en regardant pour la première fois Pauline à la plage d'Eric Rohmer. J'avais enregistré le film sur VHS il y a presque une décennie mais j'avais différé le visionnement par peur d'être déçu.
Quel incroyable contraste entre la représentation de l'adolescent dans ce film et dans les autres films, d'hier comme d'aujourd'hui. Le personnage de Pauline est totalement dépourvu de ces tics de langage qu'on croit obligé d'adopter dès lorsqu'on s'attache à filmer des moins de vingt ans. Et les adultes n'éprouvent pas non plus le besoin d'adapter leur façon de parler . Et, du coup, le décalage des générations est beaucoup moins sensible qu'ailleurs. Les discussions interminables s'enchainent sur la naissance de l'amour sans que jamais l'ennui ne pointe le bout de son nez et ce, malgré l'incroyable affectation d' Arielle Dombasle (parfaitement en accord avec son personnage, cela dit). Les dialogues sont très écrits mais, étrangement, grâce à la vérité de la direction d'acteurs, l'adhésion du spectateur est totale (disons, du moins, la mienne!).
Le film fut distribué en 1983 et j'avais donc sensiblement le même âge qu' Amanda Langley à l'époque du tournage. Amanda est moins étincelante que Judith Godrèche dans La fille de quinze ans mais le charme du timbre de sa voix (à la fois grave et enfantin) opère longtemps. Si j'avais vu le film au moment de sa sortie en salles, nul doute que j'aurais été gêné par le très bel hommage que rend Féodor Atkine-Henri à sa beauté naissante ; aujourd'hui où j'ai largement dépassé l'âge d'Henri, je suis simplement frappé par l'hédonisme magnifique de cette scène, l'une des plus belles du film et qui donne envie d'aller faire plus qu'un tour du côté des autres films de Rohmer.

Saturday, September 26, 2009

I'll keep on holding on


ça me fait bien marrer les copains bloggers qui en ont après la tyrannie du single et l'hégémonie croissante de la musique commerciale (vieille lune!). Dans leur ligne de mire, le r'n'b, les clones de Britney et tout ce qui est susceptible de se retrouver dans le Ipod de ma fille de 10 ans. Il y a 40 ans, le discours était à peine différent : il y avait les hits de surprise partie qu'on écartait d'un revers de la main condescendant et puis il y avait les vrais musiciens, ceux qu'on écoutait avec révérence. Dans la première catégorie se trouvait Matha Reeves and the Vandellas, les Shirelles, les Marvelettes . Dans la seconde, des super groupes comme The Cream ou Blind Faith (dont au passage je vous mets au défi d'écouter un seul titre jusqu'à sa conclusion). Aujourd'hui, l'esprit de sérieux qui animait de tels groupes n'a hélas pas entièrement désarmé. Il ne s'incarne plus dans un blues rock stérile et bavard (ah, qui dira l'ennui stratosphérique des solos de Clapton) mais il subsiste à travers toute une série de groupes néo folks (Arcade Fire, Fleet Foxes, Bon Iver) non dénués de qualité (soyons honnêtes) mais où semble avoir disparu toute idée de fantaisie, de surprise et aussi, avouons-le de concision. Je suis frappé en me repassant jusqu'à satiété les Complete Motown singles de 1965 ou de 1968 de constater le nombre d'idées, de "hooks" qu'on pouvait faire passer en un peu plus de deux minutes. Compositeurs, musiciens, artistes au service du "sound of young America" valaient bien les jeunes dandys du British Blues boom. Aujourd'hui, heureusement, rare sont ceux qui continuent à mépriser les phénoménaux travaux d'Hercule qui se déroulaient dans le Snakepit du 2648 West Grand Boulevard à Detroit. Cette légèreté, cette vitalité, cette urgence, elle ne venait pas de nulle part, elle était le produit du travail d'une équipe de surdoués sous la férule d'un tyran visionnaire.
Attention, ne nous mèprenons pas. Je ne cherche pas à écrire que les voies du Top 40 sont uniquement pavées d'or mais que peut-être viendra un jour où on rééditera les Sugababes, les Girls Aloud, Alicia Keys, Kanye West en leur accordant l'attention, le soin que l'on porte aujourd'hui à juste titre à ce qui fit le sel des swingin' sixties.
The Marvelettes : I'll keep on holdin'on (ce Nowhere to run à elles)
Alicia Keys : Go ahead