Friday, May 02, 2008

To all the girls I've loved before


Combien de coups de foudre n’ai-je vécus que par écrans interposés, combien de films médiocres n’ai-je vus que pour contempler furtivement une silhouette chérie alors que tant de chefs d’œuvre me restaient inconnus, bref, combien d’actrices m’ont fait tourné chèvre ?

A l’origine, il y a un film ou même une simple séquence où un personnage de fiction devient l’incarnation même de l’autre désiré (la première fois, c’était sans doute Vic dans La boum(1980), soyons honnêtes), une séquence où on bafouille dans sa tête d’émotion (comme dans cette scène où Rosemary Cross(Olivia Williams) discute de livres avec Max Fischer ( J. Schwartzman) dans Rushmore). Un déclic se passe qui va entraîner des réactions en chaîne (consultation compulsive d’IMDB*, sommeil agité, recherche frénétique de clichés, traque de wallpapers à son effigie). Il s’agit ensuite de retrouver l’intensité de ce moment rare mais le plus souvent, cette quête s’avère vaine. C’est assez simple à comprendre. On aime passionnément une actrice dans un rôle et on refuse de la voir se plier à un autre univers. Pour moi, Geneviève Bujold, c’est Marie-Charlotte Pontalec dans L’incorrigible, Olivia Williams, c’est Rosemary Cross, Julie Warner, ce n’est que Lou dans Doc Hollywood. J ’ai toujours beaucoup de mal à me faire à l’idée que Geneviève Bujold ait pu tourner d’autres longs métrages. J’ai senti comme une trahison quand j’ai vu Kate Beckinsale dans Serendipity après avoir craqué pour elle elle dans Shooting fish. Shooting Fish, American Beauty (pour Thora Birch), etc., ce sont des films de cristallisation qui sont forcément suivis de déceptions. C’est le syndrôme never as good as the first time. Parfois malgré tout, on replonge. J’avais éprouvé un choc en voyant pour la première fois Ally dans Only the lonely en 1993-1994 puis elle m’était sortie de la tête mais par deux fois (The Breakfast Club vu en 2004 et Wargames, vu il y’a deux semaines), j’ai replongé. Les braises rougeoyaient encore.

Le point commun de tous ces films , c’est que ce sont rarement des films à Playlists et de ces actrices qu’elles font rarement la couverture de Studio ou de Vogue. Il est plus facile de s'approprier leurs filmographies que celles d'actrices au pedigree plus conséquent. Les Mal partis (France Dougnac), c’est à moi, pas Noting Hill. Si Ally Sheedy avait eu une carrière à la Julia Roberts après St Elmo’s fire, je ne chercherais peut-être pas autant à tout voir d’elle. De même, si Julia Roberts avait cessé de tourner après Mystic Pizza, je n’aurai peut-être pas soupiré aussi fort à la vue de son nom au générique d’Ocean’s Eleven.

Ce que m'écrit si justement et lucidement Christophe (décidément) en commentaire va dans le même sens : « C'est triste, toutes ces actrices qu'on a aimées en dépit de notre frustration face aux mauvais rôles, aux mauvais choix, aux carrières qui patinent.
Si ça se trouve, c'est peut-être précisément pour ça qu'elles sont mémorables - parce que la relation qu'on a avec elles est plus compliquée, elle est aussi plus intime. » Comme il dit vrai! Difficile de se sentir l’intime de Deneuve ou même de Scarlet Johansson alors qu’on est quasi certain que votre voisin de cantine ne vous disputera ni Maria Bello, ni Emilie Dequenne.

. * : On ne dira jamais assez la mal qu’a fait IMDB en métamorphosant des cinéphiles un peu sentimentaux mais inoffensifs en stalkers obsédés et insomniaques.

10 comments:

Anonymous said...

Ah ces posts!
J'avoue que d'habitude je ne saisis pas tout ce que tu dis mais là les disons 3 derniers je t'ai complètement suivi et compris...

Plucky

Jen said...

Je ne te savais pas si midinette... ;)

The Civil Servant said...

Mais Jen t'as rien compris...;) C'est pour ça qu'on l'aime Eric. Parce qu'à quarante ans passés, il n'a pas encore décidé de rabrouer définitivement l'adolescent timide,transi et impatient qu'il fut. Parce qu'il lui reste, Dieu merci, la capacité de s'en émouvoir, l'envie, un rien narcissique, de le faire savoir et la finesse pour ce faire de convoquer Willie Nelson (enfin là j'ose esperer ne pas me tromper, ou alors s'il s'agit d'une traduction du titre de Gray-Barbelivien, on entrerait dans un troisième degré qui m'échapperait un peu)

RYS

Thiburce said...

Si tu veux mon grand, je te peux passer Short Circuit en divx !

P.S.: Je suis surpris que tu n'ai vu Wargame que très récemment...

Anonymous said...

Et des héroïnes de romans, t'ont-elles fait fantasmer ? Qui n'est jamais tombé amoureux de la Sansévérina, Matilde de la Mole, Bérénice, la joueuse de go et tant d'autres ? plus fort que le cinéma qui t'impose la présence (charnelle, tristement charnelle) d'uine actrice, d'une voix, la littérature découpe à même dans le noyau infracassable de nuit l'image qui peuplera de son spectre sensible la lecture et l'après-lecture ? Et que m'importe à moi si mon héroPïne a justement le nez de ma petite voisine, les cuisses de ma collègue de sport et l'altière poitrine d'Audrey Hepburn ? Car la littérature, bien plus forte en cela que l'image tristement univoque produite par le cinéma, combine toutes les images, dans un kaléidoscope où le désir ne s'épuise pas. Ah! puissance démoniaque de la littérature, où chacun crée le propre visage de l'héroïne, où cette dernière, sublime petite prostituée des rêves, appartient à tous mais aussi à chacun.
Mais je comprends que les peine-à-lire préfèrent les séductions immédiates et faciles de l'image. Consommateurs, c'est tout de même plus facile que lecteurs-fantasmateurs, créateurs d'u n sens qui échappe en partie à l'auteur lui-même. Et comme je comprends ce manque d'imagination qui fait que l'érotisme, la pornographie suppléent par la violence de l'image aux défaillances des petits imaginatifs en peine de lecture. Allez, le cinéma, c'est la culture de masse du peuple, un opium un peu frôlaté où les recettes tiennent à l'action, le sexe et le suspense. Alors, que chacun puisse ici se rassasier des icônes médiocres d'une époque médiocre qui cherche les talonnettes de son président pour se surélever et la fade blondeur d'icônes adolescentes et surannées aux formes siliconnées, espèce de grenouilles qu'on gonfle de désirs médiocres. Allez-y, punaisez vos icônes sur les murs vierges de vos vies plates et continuez votre onanisme oculaire. Et laissez, par pitié, la littérature à cette aristocratie de l'imagination, du rêve et du fantasme qui se crée elle-même son propre réservoir d'images et de sens sans cesse renouvelé et qui se gausse de vos plaisirs mesquins.

Sonic Eric said...

Thèse rassie que je ne me sens pas la force de cntrecarrer et à laquelle tu ne crois même pas toi même, antique baderne nantaise !
Quant à "l'altière poitrine d'Audrey Hepburn", je vois que ton impétueux lyrisme te fait prendre un petit 85 B pour un très généreux bonnet.

Anonymous said...

Il a écrit "frôlaté", le monsieur.
Je lui conseillerais bien de se remettre au Banga.
C.

Anonymous said...

PS. "Pour tout dire, nulle part n'apparaît plus clairement que le désir de l'homme trouve son sens dans le désir de l'autre, non pas tant parce que l'autre détient les clefs de l'objet désiré, que parce que son premier objet est d'être reconnu par l'autre". J.L.
C.

The Civil Servant said...

Hy Sonic,
bientôt quinze jours sans messages.
C'est les vacances scolaires en Charente Maritime ? Ca ne peut être autre chose, car je ne saurais admettre que tu manquât d'idées.

RYS

IL GATTO DEL RABBINO said...

Sonic, dans ta cantine, sens-tu le chat à tes pieds ? C'est moi ! Et je vais faire des 8 entre les jambes de Maria Bello.