Wednesday, November 19, 2008

Surf's down


Tout ce qui dort sous la poussière n'est pas d'or. Tout ce qui ressort du grenier n'a pas forcément vocation à reparaitre à la lumière. L'album de Dennis Wilson, Pacific Ocean Blue n'est pas, et ça me fait mal de l'écrire, un trésor caché. 30 ans se sont écoulés depuis la parution de P.O.B et l'impossibilité où nous étions de l'écouter nous faisait fantasmer sur ce que beaucoup considéraient comme le plus bel effort d'un beach boy en solo. Las, aussi inégal et bancal que soit Brian Wilson (1988), il tient encore crânement la corde. Je ne me lancerais pas pour autant dans une comparaison fastidieuse entre les deux frères. Je n'en ai pas le coeur et puis cela n'apporterait rien. Brian et Dennis s'aimaient comme des frères (pas au sens Davies ni Everly du terme) et ils ont si souvent été comparés par leur père, enfants, qu'on peut, je crois, leur foutre la paix aujourd'hui.
Que ce projet tint au coeur de Dennis, il y a peu de raisons d'en douter (en outre, la semi retraite de Brian lui laissait plein de temps libre) mais Dennis a du trop écouter ceux qui, à l'instar de Darryl Dragon, l'encensaient et il a fini par se croire le Wagner de la côte ouest. Choeurs Gospels, breaks pompiers, synthés déchaînés, l'album se brise par trop plein d'ambition (peut-être l'influence de Christine Mc Vie, compagne de clavier comme de comptoir). Ambition mais j'aurai plutôt dû écrire emphase. Dennis a peut-être senti qu'il n'y aurait sans doute pas de numéro 2, alors il n'a pas lésiné sur les frais de studio et les arrangements alambiqués. Certains titres sont tellement boursouflés qu'on n'a pas la force des écouter jusqu'au bout. Friday night et Dreamer avec leurs solos impossibles et leurs cuivres de faux Blues Brothers javellisés sont à fuir.
N'en déplaise à Thom (qui eut le grand mérite d'évoquer Pacific Ocean Blue pour les fans de MGMT), c'est lorsqu'il se rapproche de Beach Boys Love you que Dennis me séduit le plus. Sur River song, What's wrong et Moonshine, je retrouve ce que j'aime tant dans Love U, ce côté bric à brac, ce son plus intime, moins outré, Carl en soutien et ces harmonies qui font mouche.
Et puis il y a la voix de Dennis aussi peu orthodoxe soit-elle. Vibrante, touchante même si souvent à la limite de se rompre (mais ça, on le savait depuis Forever sur Sunflower). Parfois proche d'un grizzli asthmatique, Dennis à le mérite de ne pas chercher à retoucher ses défauts vocaux (souffle court, débit haché). C'est cette sincérité, ce refus de l'artifice qui au final empêche de rejeter l'ensemble. Dennis a tellement l'air ici de conjurer ses démons (pour l'essentiel, les mêmes que le frangin) qu'on n'est pas d'humeur à manier le sarcasme. A la fin du disque, sur End of the show, Dennis chante faussement enjoué "It's wonderful to know we're alive" mais la suite ("at the end, it's over") ne trompe personne.
Ailleurs (sur farewell my friend), il chante à mi-voix You'll take the high road, I'll take the low road. Tristement prémonitoire...
P.S : A lire également.

4 comments:

Alex said...

Hello, et merci de m'avoir invité à lire ton excellent post sur Dennis.
Effectivement tu es un poil plus indulgent que moi, même si globalement on est tous les deux très très déçus par cette réédition.
Finalement le vrai trésor caché de cette année, ce serait plutôt Cold Fact de Rodriguez, non ?

Sonic Eric said...

Claro que si! Je tâche d'en reparler au plus vite!

Anonymous said...

Ce pauvre Dennis y a cru lui-même? En l'écoutant, j'ai retrouvé tout le mauvais rock californien des années 70, à se demander si cette emphase que tu mentionnes n'est pas celle des producteurs et des musiciens mis sur le coup.
Dans le même genre de promesse, mais mieux tenue, il y a "John The Wolfking of L.A." de John Phillips, le Phillips des Mamas & Papas qui était, lui, un vrai musicien.
C.

Sonic Eric said...

Voilà décidément des pistes pour Unknown Pleasures.
Dennis était, cela dit, un vrai musicien. Pas au sens classique du terme mais certains signes ne trompent pas (les belles lignes de piano de "Variations on thoughts of you")