Thursday, August 25, 2011

Barbara, c'est elle

Parions que Barbara McNair n'aurait jamais accepté de se faire tatouer un dauphin dans le bas du dos. Même en octobre 1968, lorsqu'elle posa nue pour le magazine Playboy, elle le fit sans l'ombre d'un regard salace, avec une classe folle.



Sa beauté (un congrès de pontes en cosmétologie la classa dans les dix plus belles femmes de 1969, ce qui pour une afro-américaine était une première) n'est pas sans évoquer celle de Tippi Hedren mais en plus souriante. Son port patricien la rapprocherait plutôt de Dionne Warwick avec qui elle entretenait aussi quelque parenté vocale. A la différence de la majorité des Motown Girls (que ce soit Diana Ross, Martha Reeves ou Gladys Horton), Barbara avait déjà une carrière derrière elle lorsqu'elle fut approchée par Berry Gordy. Elle était une silhouette appréciée des téléspectateurs et avait enregistré quelques faces pour le label Coral . Le boss de Motown avait pour elle une ambition très précise. Il voulait s'en servir comme cheval de Troie pour pénétrer le marché de la grande variété américaine (ce que les Américains appellent parfois superclub music), ce marché où régnaient en maître Johnny Mathis et Harry Belafonte. Ça n'avait pas marché avec le crooner Billy Eckstine et ça ne marcherait hélas pas davantage avec Barbara. Ce n'est pourtant pas faute d'avoir insisté (pas moins de 5 singles entre 1965 et 1968). Rien n'y fit. Ni la crème des producteurs-arrangeurs appelés à son chevet, ni la qualité du répertoire qu'on lui fit chanter (le meilleur HDH, du Bacharach) ne lui permirent de décrocher la proverbiale timbale (son dernier single, le seul à être classé, ne put aller au delà de la cent-vingt-cinquième place). Ses fans (et j'en suis assurément un) aiment à penser que Motown a raté le coche durant l'été 1967 en annulant mystérieusement et au dernier moment la sortie de son single Steal away tonight. Cette chanson avait en effet tout pour elle : la suavité de la voix de Barbara, la sophistication du propos, un sublime changement d'accord avant le refrain et une orchestration très "Barry-Bond". Mais disons qu'en juillet 1967, alors que l'est de Detroit connaissait des émeutes d'une violence inouïe, le glamour de la sublime diva n'était sans doute pas la réponse musicale la plus adéquate. Aujourd'hui, la réédition formidable de son intégrale Motown (tout tient en deux cds) nous permet de savourer toute la chaleureuse majesté de son timbre (ah, son incroyable ralentissement du single des Supremes, My world is empty without you!) et ce léger voile qui lui donne un cachet fantastique.

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