Sunday, September 12, 2021

L'adieu au studio

 Écouter les derniers enregistrements du King, c'est comme partager un repas avec un ami dont on sait qu'il va mourir. On savoure chaque bouchée, chaque parole mais on est aussi infiniment triste car on devine que ce sont les derniers moments passés ensemble. Quand on est fan d'Elvis, quand on l'aime des tout premiers enregistrements Sun jusqu'au dernier match de Racket Ball, on ne peut s'empêcher d'éprouver énormément de chagrin en écoutant ce disque. Chagrin parce qu'on sait que ce sont ses dernières sessions, chagrin en raison de l'énorme gâchis que constituent les dernières années du reclus de Graceland. Et pourtant, on chérit ce disque innotable, car au moment de cet enregistrement, Elvis était encore parmi nous. Du moins en partie. Abreuvé de médicaments prescrits imprudemment, lâché par beaucoup de fidèles de la fameuse " Memphis Mafia", batifolant de Miss Tennessee en Miss Kentucky, Elvis au début de l'année 1976 est en chute libre. Sans projet artistique clair, drivé par un manager qui le considère plus comme un monstre de foire que comme un véritable artiste, enchaînant les concerts à un rythme proprement démentiel, il semble dériver sans fin. Sa maison de disques, RCA, réclame sa dose d'enregistrements annuels en refourguant toujours plus ou moins les mêmes pochettes (Elvis en tenue de scène pour duper le gogo recherchant un enregistrement live) et en mélangeant nouveautés et vieilleries sans aucune cohérence. RCA ira jusqu'à lui installer un studio dans sa maison tant Elvis se montre peu disposé à retrouver le chemin du studio. C'est là, dans les premiers mois de sa dernières année complète qu'il enregistre l'essentiel des prises de From Elvis Presley Boulevard, Memphis, Tennessee. Le matériel est ce qu'il est : très peu de compositions originales, beaucoup de reprises de succès contemporains. Pas forcément le haut du panier (à l'exception de Solitaire, de Blue Eyes Crying In The Rain et de Love Coming Down), du MOR comme Elvis en enregistre presque exclusivement depuis trois ans. Les musiciens sont excellents (mentions spéciale aux choristes et à James Burton, merveilleux sur Blue Eyes). Elvis, lui, n'a plus d'intérêt pour grand-chose et les musiciens se plaignent de ses absences à tous les sens du terme. Même chez lui, même en peignoir, il renâcle à rejoindre le studio. Les sessions se font au compte-goutte et RCA est obligé de quémander pour avoir quelques titres de plus. Le résultat, dans ces conditions, est simplement miraculeux même si Peter Guralnick dans son indispensable Careless Love est très sévère sur la qualité de ces bandes. Tous les titres parlent plus ou moins de la même chose : isolement, regret, rupture, blessures. Elvis, quand il daigne vouloir chanter, ne veut plus chanter que ça. Les invitations sensuelles de Burnin' Love furent une ultime tentative pour être un peu plus avenant mais c'est désormais terminé. Elvis se complaît dans cet apitoiement pemanent (The Last Farewell qu'il passait indéfiniment à l'une de ses dernières conquêtes, Melissa Blackwood) et ne veut plus enregistrer que des titres en accord avec son état d'esprit. Autant dire que ceux qui espèrent un retour gagnant du roi du Rock en seront pour leur frais, les arrangements sirupeux de Bergen White achevant d'alourdir l'ambiance (mais pour un titre quasi-opératique comme Hurt, c'est parfait). Mais, alors que lors de certains concerts, la voix fatigue, déraille, rate certains passages, ici, elle est d'une beauté à couper le souffle. Ah, la reprise en voix de basse à la fin de Blue Eyes, la pureté du timbre sur le refrain de Solitaire, la ductilité des changements de registre sur Love Coming Down ! Autant d'instants de grâce qui suffisent à eux seuls à lui maintenir sa couronne sur la tête pour l'éternité des éternités. Et c'est bien ça qui fait le plus mal dans cette fin de vie épouvantable, ce gâchis face à un artiste majeur, incapable de dominer ses démons, entouré par les mauvaises personnes (et en premier lieu, le Colonel) et loin d'avoir pu exprimer tout ce qu'il aurait pu exprimer.


 

Saturday, August 28, 2021

Someday When We Meet Up Yonder

 Dans la nuit du 15 au 16 août 1977, Elvis, comme chaque nuit ou presque n'arrive pas à trouver le sommeil. Tétanisé par le fait de reprendre la route le lendemain, traumatisé par la sortie du livre de deux de ses gardes du corps qui racontent par le menu sa délirante pharmacopée, le spectre de Graceland n'a plus que quelques heures à vivre. Piégé par une addiction sans précédent aux antalgiques, il demande à un des rares proches qui n'a pas encore quitté le navire d'aller lui dévaliser une pharmacie de nuit en codéine. Pour faire passer la douleur (principalement dentaire cette nuit-là)
, il décide de faire une partie de racquetball avec son cousin Billy. Vite essoufflé, la partie devient vite une balle au prisonnier anarchique et Elvis reproche à Billy de frapper trop fort. Reproche auquel celui-ci répond : Si ça ne saigne pas, c'est que t'as pas mal. Puis, dans le salon attenant au gymnase où le King a fait installer un piano, il se met à jouer quelques titres adorés et termine par le sublime standard popularisé par Willy Nelson, Blue Eyes Crying In the Rain (dont quelques mois auparavant et quoiqu'en dise Peter Guralnick, il a livré une version définitive). Personne parmi la dizaine de fidèles qui gravite encore autour de lui à Graceland ne se doute qu'il chante là pour la toute dernière fois. Il feuillette un livre sur le saint-suaire du Christ (il n'y a pas de hasard) puis va se  coucher non sans avoir pris une certaine dose de médicaments. C'est Ginger Alden, sa dernière maîtresse, qui le trouve en début d'après-midi aux toilettes sans connaissance, baignant dans les immondices. Il est transporté en urgence au Memorial Baptist Hospital de Memphis mais malgré tous les efforts des soignants, la mort est prononcée par le docteur Nick à 15h30. De partout les réactions affluèrent mais parmi ses condisciples chanteurs, seul James Brown fit le voyage jusqu'à Memphis et resta quelques minutes seul à seul avec le défunt dans la chambre mortuaire. Mais la réaction la plus marquante fut sans doute celle de Bob Dylan, dont on oublie souvent qu'il fut une des premières idoles : “I went over my whole life. I went over my whole childhood. I didn’t talk to anyone for a week after Elvis died. If it wasn’t for Elvis and Hank Williams, I couldn’t be doing what I do today.”

Tuesday, August 24, 2021

Jerry and A Guy Named Elvis

 En 1974, Elvis n'est déjà plus que l'ombre de lui-même. Disposant d'une armoire à pharmacie de la taille d'une officine, l'officier fédéral de la lutte anti-drogues (adoubé par Nixon) prend des pilules pour tout : stress, dépression, hypertension, constipation et frise l’empoisonnement chaque semaine. Miné par sa séparation d'avec Priscilla (qu'il n'a pourtant rien fait pour éviter), empêché dans ses projets de tournée européenne par un Colonel qui gère le Kid de Tupelo comme une attraction de fête foraine, passant de starlettes en starlettes, le King est pris dans une spirale auto-destructrice qui ne cessera que sur le carrelage glacé de sa salle de bain de Graceland. Autour de lui s'active une camarilla de karatékas, de toubibs aveugles et d'amis (la fameuse mafia de Memphis) à mi-chemin entre la loyauté et la cupidité. Parmi eux, Jerry Schilling, tétanisé par l'impossibilité pour Elvis de devenir adulte mais fasciné jusqu'au bout par son charisme inouï et qui pourra témoigner de sa prodigalité absolument hors-normes comme l'atteste un extrait du livre passionnant de Peter Guralnick consacré au King (Careless Love) : " Jerry was unable to mask his emotions. When Elvis handed him the check, he dropped it, and he could barely come up with words to express his gratitude. Whatever doubts he may have felt in the past year or two, this confirmed all the faith he had placed in Elvis ever since he had first met him as a frightened, insecure twelve-year old filling in for the team that needed and extra player in a touch football game at Guthrie Park in north Memphis in the summer of 195. "Jerry, you know why I bought you this house ?" Elvis said to him at the official housewarming some three weeks later. " I know I drove all that guys crazy buying you this house, but your mother died when you were a year old, and you never had a home, and I wanted to be the one to give it to you".


Sunday, June 07, 2020

Kylie Kylie Kylie





De You Think You’re A Man (Divine, avril 1984) à Happenin‘ All Over Again (Lonnie Gordon, janvier 1990), le trio de compositeurs et de producteurs Stock Aitken Waterman domina sans discussion les charts britanniques et continentaux. Pour leurs thuriféraires, SAW méritait presque d’être considérés comme les Holland/Dozier/Holland de leur époque. Même don pour toucher l’oreille du public avec cette combinaison inédite de synthés HI-NRG et de mélodies italo-disco, même talent à pouvoir écrire indifféremment pour des artistes féminins et masculins et même capacité pour composer des hits entraînants et facile à retenir. Pour leurs contempteurs en revanche, le trio infernal fut la plaie des années 80 (déjà bien servies en la matière), une mauvaise parodie de ce que fut Motown dans les années 60 avec ses artistes interchangeables, ses vocaux robotiques et ses paroles aseptisées. Comme souvent, la vérité se situe un peu entre les deux même si la balance penche sans doute un peu plus du côté du passif que de l’actif. Pour les évaluer de manière équitable, mieux vaut d’emblée oublier Motown et H/D/H, les machines ne pouvant supplanter la force et la finesse des Funk Brothers, Rick Astley ne jouant pas dans la même cour que Marvin Gaye et Mandy Smith n’ayant pas les épaules assez larges pour pouvoir être comparée à Martha Reeves ou Diana Ross. Berry Gordy voulait formater des artistes afroaméricains pour le public blanc et non stéréotyper des marionnettes blondinettes comme le firent SAW. Il faut simplement leur reconnaître un certain talent pour renflouer la carrière d’artistes sur le déclin comme Debbie Harry, Donna Summer ou The Three Degrees et une certaine habileté pour glisser dans le mainstream un peu d’underground comme le New Jack Swing ou la House Music (mais certains y virent un insupportable affadissement). Et puis on peut à demi-mots leur reconnaître un certain chic pour détecter le potentiel de certains artistes même si leur cynisme les amena à enregistrer les pages 3 du Sun comme Samantha Fox. Comme artiste, je pense évidemment avant tout à Kylie Minogue, dont ils furent les pygmalions chanceux.
En l’espace de deux ans (1987-1989), Kylie mit à genoux les charts européens, s’offrant même le luxe d’obtenir 13 Top 10 d’affilée au Royaume-Uni. Capitalisant sur le succès de la série Neighbours, le trio de producteurs et d’arrangeurs sut faire la jeune australienne la petite reine du du Cd single naissant et du 45 tours déclinant. Cette enfant de la balle aussi à l’aise devant des caméras de télévision que face à un micro devint à la fois leur estampille et leur jackpot. Tout ce qu’elle touchait se transformait en or. Une reprise bodybuildée, un duo sirupeux avec Jason Donovan, une inspiration en pilote automatique : rien ne semblait pouvoir arrêter celle qu’on appelait alors la « Princess of Pop ». Comme pour Britney première manière, ces hits sont de purs produits manufacturés avec très peu de singularité mais ils se réécoutent sans déplaisir (le bubblegum sait se faire aimer) ou plutôt les vidéoclips se laissent aimablement regarder avec leurs couleurs chamarrées, leurs changements incessants de tenue et les jolies boucles blondes de Kylie.
En 1990, Kylie a 22 ans et a troqué Jason Donovan pour Michael Hutchence. Un signe que les choses sont en train de changer. L’image lisse de la gentille voisine d’à côté est en train de doucement s’écailler. Kylie a-t-elle fait pression sur SAW pour modifier la teneur de ses disques ou le trio a-t-il pris conscience des changements à l’oeuvre chez l’australienne ? Toujours est-il que Rhythm of Love, son déjà troisième disque, sorti à la fin 1990, fait preuve d’une ambition nouvelle. Pour le trio, ce disque constitue à la fois leur « finest hour » et leur chant du cygne. Jonglant avec des éléments de World Beat , de New Jack et des samples culottés, le disque voit Kylie ouvrir les vasistas et prendre en main son destin musical allant jusqu’à cosigner quelques titres. L’influence de Madonna est perceptible (sur What do I Have To Do et Count The Days principalement) mais une Madonna moins en contrôle de son image, moins consciente d’elle-même. Une Madonna qui n’aurait pas totalement renoncé au premier degré. La voix aussi a mué, plus assuré dans le grave, moins minaudante. Propulsé par 4 singles fantastiques (Better The Devil You Know et son intro pétaradante, Step Back In Time, le disco décomplexé de What Do I Have To Do et enfin le glorieux Shocked), Rhythm Of Love donne déjà un aperçu de la future Kylie, capable de se réinventer alors même qu’elle nage en plein succès. Le reste de l’album, s’il n’atteint pas la même excellence , se montre également aventureux : lorgnant sur le funk princier (One Boy Girl) ou jouant avec les canons de l’EuroDance alors en pleine essor (Things Can Only get Better).
Plus tard viendront de plus prestigieuses collaborations (Michel Gondry, Nick Cave), des ambitions artistiques encore plus affirmées et une plus ample reconnaissance critique mais jamais plus elle ne parviendra à concilier aussi élégamment qu’ici l’énergie déraisonnable de la jeunesse et les choix audacieux de l’âge adulte.

Saturday, September 07, 2019

Okie From Muskogee

En 1969, tout les monde n'était pas à Woodstock. Les américains ne prônaient pas tous l'amour libre et ne portaient pas tous des cheveux longs. Mais la voix de cette majorité silencieuse, au moins pour le public européen, s'est depuis longtemps estompée. En regardant Once Upon A Time In Hollywood, on a même l'impression que les hippies avaient contaminé tout l'espace culturel américain (mais le film se déroule en Californie, c'est vrai et pas dans l'Oklahoma).
Dans Okie From Muskogee, Merle Haggard se faisait le porte-parole attendri mais ferme de ces mid-westerners qui ne se reconnaissaient pas dans la contestation tous azymuths de cette fin des sixties. Puissamment réactionnaire, le titre défendait les "vraies valeurs", du respect du aux supérieurs au patriotisme inflexible. Haggard a toujours eu un discours contradictoire sur cette chanson, l'une des plus célèbres de son repertoire. A la fois gentiment moqueur du folklore "redneck" et tout de même assez hostile à la philosophie hippie, "Hag" se justifia souvent en prétextant une défense des soldats au Vietnam censés défendre une liberté dont les étudiants contestataires étaient les premiers à profiter. Défense très spécieuse que n'importe quel historien pourrait facilement faire voler en éclat. Mais peu importe puisque cette chanson est un petit bijou, plébiscité par cette même majorité silencieuse à laquelle elle s'adressait. Mais pas que. Signe de sa qualité (mais Merle Haggard, cela commence à se savoir, était un songwriter exceptionnel), d'estimables représentants de la contre-culture l'ont reprise (Phil Ochs, Grateful Dead) et  l'ont inscrite à leur répertoire.
Mais la version la plus formidable se situe de l'autre côté de l'échiquier politique. Roy Rogers, le "cowboy chantant" reprit lui aussi ce titre mais sans l’ambiguïté qu'avait su y mettre Merle Haggard. Ici, on est clairement dans une défense de la morale conventionnelle américaine dans le plus pur premier degré. Lorsque Roy, plus de soixante ans au moment de l'enregistrement", chante We don't smoke marijuana in Oklahoma, on a aucune raison de ne pas le croire. La voix intacte (quelle autorité dans le phrasé !), disposant d'instrumentistes fabuleux, Roy s'accapare Okie From Muskogee (alors qu'il était natif de l'Ohio) et en fait véritablement sa chose. Et, en étant complétement honnête avec soi-même, on se dit qu'on l'aime aussi cette Amérique-là, qu'elle s'inscrit parfaitement dans notre mythologie, pas si loin du Kentucky des frangins Everly ou de l'Arkansas de Charlie Rich.

Saturday, June 15, 2019

Dalida

Jusqu'à il y a un peu plus d'un an, Dalida m'avait toujours laissé indifférent. Bien sûr, je connaissais quelques unes de ses chansons. Celles que tout le monde connaît. Et puis aussi sa fin terrible dans sa maison de la rue d'Orchampt. Mais elle ne me parlait pas plus que ça. Trop de faux-cils, d'adaptations bâclées et d'orientalisme de bazar. Une féminité exacerbée  qui me laissait à distance. Il y a deux ans, au cimetière Montmartre, je m'étais arrêté longtemps devant la tombe de Sacha Guitry  et celle de Michel Berger mais j'étais vite passé devant la sienne, pourtant difficile à contourner. Et puis, un de mes contacts sur Facebook a posté Comme tu dois avoir froid (1974). Et là, un déclic s'est produit. Beauté des arrangements, justesse de l'interprétation, cruauté du texte, il y avait là tous les ingrédients pour intégrer mon panthéon seventies, pourtant déjà bien fourni. Mais dans un premier temps, je n'allais pas plus loin., effrayé peut-être par la production pléthorique d'une artiste qui avait abordé tous les styles (du twist au reggae en passant par le disco et le tango) sans toujours beaucoup de discernement et en suiveuse bien souvent plus qu'en initiatrice. Mais j'ai été puni de mes raccourcis hâtifs. Dalida avait beaucoup à m'offrir, bien plus que ce à quoi je m'attendais. Pour déceler les joyaux, il fallait de la patience car aucun album n'est parfait de bout en bout au sens où La question est un album parfait. Mais dans cette grande décennie (1967-1981) qui l'a vue passer de l'abattement le plus désespéré à la quarantaine éblouissante, il y a énormément à grappiller.
Honte aux concepteurs de ses disques qui, en mal d'imagination, ont pratiquement appelé tous ses albums, Dalida. Alors, s'il faut effectuer une sélection, j'avouerai un gros faible pour Dalida 1970, le moment où elle sort enfin des années noires qui suivirent le suicide de Luigi Tenco, encore plus pour Dalida 1974 (elle se passionne pour Teilhard de Chardin, la psychanalyse et enregistre perles sur perles) gratifié d'au moins 4 superbes chansons : Comme tu dois avoir froid (déjà cité), Ta femme, Nous sommes tous morts à 20 ans (d'un désenchantement rare chez elle) et La consultation et puis je n'aurai garde d'oublier Olympia 1981 (qui n'a rien d'un live) où les plus beaux titres sont autant de signes annonciateurs de la catastrophe à venir : Partir ou mourir (avec son irrésistible basse slappée), Et la vie continuera, A ma manière (Et le soir où je m'en irai, finalement je le ferai à ma manière (frissons garantis pour tout le monde)).
 A 47 ans, la voix est intacte, le grave somptueux et les mots chantés sont ni plus ni moins des mots de tragédienne (oh, cette inflexion incroyable sur le refrain d'une femme à 40 ans). Elle avait une façon bien à elle de mettre du drame (mais curieux paradoxe, sans aucune lourdeur) dans la plupart de ses chansons et c'est sans doute sur ce dernier grand disque que son don pour le tragique apparait de la manière la plus douloureuse.

Friday, February 22, 2019

Crushing

On n'a pas envie d'engloutir Julia Jacklin sous les références les plus écrasantes , on n'as pas envie non plus de l'affilier à un mouvement, une sororité. Cela serait nier la singularité de cette jeune artiste dont le titre proposé ci-dessous dit toute la force émotionnelle. Et le reste du disque (Crushing) n'est pas avare d'autres moments sensationnels tout en proposant une grande variété de climats. Grand, grand disque.